Budget de la Ville de Bruxelles : un budget qui manque de souffle, néglige la police et des projets emblématiques qui patinent !

Lors du Conseil communal, dans son exposé général, Joëlle Milquet, Chef de file du cdH à la Ville de Bruxelles, et ensuite Hamza Fassi-Fihri, Christian Ceux et Bertin Mampaka, dans leurs exposés particuliers, ont relevé les éléments suivants.

Le cdH de la Ville de Bruxelles veut jeter un regard objectif sur le budget. Il y voit quelques points positifs, mais également plusieurs points négatifs faisant la démonstration d’une majorité qui a promis beaucoup, mais qui ne parvient pas à réaliser ses ambitions – en raison de choix politiques peu cohérents, de ratés dans la méthode employée, de non rigueur juridique ou de manque de concertation ou enfin de la faiblesse de l’action de certains Echevins MR, tels l’Echevine du Commerce et l’Echevin de l’Urbanisme, dont on peine à voir la stratégie et les avancées concrètes.

Le cdH donne un bon point pour l’investissement dans la construction de crèches et d’écoles et l’équilibre budgétaire mais exprime de larges regrets face à l’absence d’augmentation des moyens accordés à la police, à la stagnation des politiques d’urbanisme en raison notamment du fiasco des méthodes employées, face à l’absence de toute politique nouvelle en matière d’emploi et de soutien aux commerçants ou d’optimalisation en matière de réduction des coûts de fonctionnement du pouvoir public.

En bref, il s’agit d’un budget qui manque de souffle et des grands  projets qui patinent. 

 

 I. Points positifs du budget 

Le cdH se réjouit tout d’abord, sur un plan macro-économique, du maintien de l’équilibre budgétaire, d’un IPP à 6% et d’une légère diminution de l’endettement, certes attribuée à la baisse des taux d’intérêt. En matière de politique fonctionnelle, le cdH soutient l’augmentation de près de 4 millions € accordés à l’enseignement et les investissements décidés en matière de création  de crèches et d’écoles nouvelles. Par ailleurs, nous soutenons bien évidemment l’investissement pour le déménagement de Brucity, le réinvestissement, initié par le cdH avec la création de la Cellule énergie, de 1,8 million € dans le cadre des économies d’énergie et du plan climat ainsi que la baisse des coûts d’énergie  (gaz et électricité) de 249.465 € même si nous aurions aimé des montants plus ambitieux. Il en va de même pour les 11 millions € d’investissement dans les contrats de quartier de la Jonction et de Bockstael. Quant aux investissements  de 5 millions € pour améliorer les trottoirs et voiries, nous ne pouvons nous y opposer tout en espérant qu’il ne s’agit pas, avant tout, d’une préoccupation préélectorale décidée en temps opportun.

 

II. Points négatifs du budget 

Par contre, le cdH ne peut que déplorer les éléments suivants :

  1. Absence de réinvestissement dans la police

Alors que, de l’avis même du Bourgmestre et du Collège, la police est sous-financée et manque de moyens humains pour faire face à l’augmentation de la menace terroriste et de la radicalisation, du nombre de Sommets européens et des manifestations. Les 2.180 policiers de terrain actuels sont insuffisants pour répondre à ces missions. Certes, le Gouvernement fédéral refuse d’augmenter les moyens affectés aux zones de police notamment bruxelloises qui ont besoin de l’arrivée au minimum de 400 policiers complémentaires. Cependant, face à ce constat, il est étonnant que la commune n’ait pas décidé d’augmenter la dotation de la police et maintienne une dotation de 114.600 millions similaire au budget ajusté 2016 (114.525). Si la Ville avait, par exemple, décidé d’accorder 3 millions de plus à la police comme cela a été accordé au CPAS ou au secteur de l’enseignement, cela aurait permis l’engagement de 50 policiers de quartier, ce dont la Ville a pourtant largement besoin aux dires même du Bourgmestre. Il en va de même pour le renforcement de la cellule radicalisation. Autant nous rejoignons le Bourgmestre quand il condamne l’attitude du Gouvernement fédéral, autant nous estimons qu’il est, dans ces circonstances, peu responsable pour une majorité de ne pas prendre ses responsabilités dans le contexte d’insécurité que nous connaissons. Et que l’on ne vienne pas nous dire que les moyens manquent ! Si différents postes en matière de transferts ou dans le cadre du budget ordinaire ont pu être augmentés, il était possible de le faire pour la police moyennant une meilleure optimalisation des moyens de fonctionnement globaux ou un meilleur arbitrage dans les dépenses facultatives. Pourquoi par exemple ne pas avoir affecté systématiquement et encore cette année 2017 le prélèvement de 1/6 issu de la provision de 5.985.965 de 1 million à la police, au lieu de l’affecter au budget de la Ville et pourquoi accorder un montant de 1,109 428 million € d’augmentation à des subsides non obligatoires et non à la police ? Où en est la planification de la grande réforme annoncée en matière de décentralisation de la police ?

  1. Absence de tout soutien nouveau aux commerçants touchés par le contexte sécuritaire, le lockdown et les affres du piétonnier

Il est frappant de constater à la lecture du budget ordinaire et extraordinaire et des transferts que l’Echevine du Commerce persiste hélas dans une inaction patente en matière de stratégie commerciale et de soutien aux commerçants. Aucune réelle politique nouvelle, aucun montant dégagé pour aider les commerçants de la Ville à faire face à la diminution du chiffre d’affaires liée au contexte sécuritaire, au lockdown et aux affres du piétonnier.  Aucune diminution de taxes sur le commerce, les enseignes, les terrasses ou sur l’entreprise ! A croire que, en matière d’investissements tant dans la sécurité que dans l’aide aux commerçants, le Collège ne semble pas prendre la mesure des événements sécuritaires et de la réalité du marasme vécus par les commerçants depuis 2015 ni avoir l’envie de soutenir l’initiative économique, ce qui est surprenant s’agissant du MR. Outre une absence de stratégie ou de plans d’action clairs en matière de commerce, nous regrettons le fait que les priorités soient concentrées sur le Pentagone en oubliant complètement les noyaux commerciaux de Neder-over-Heembeek ou de Laeken.

  1. Stagnation dans les investissements promis : large retard pris dans les deux dossiers emblématiques de la majorité, à savoir le piétonnier et le stade, reports des dossiers d’urbanisme promis et aucun investissement pour les salles de sport des habitants. Le budget démontre, dans les investissements, qu’il ne prévoit justement pas le large retard pris dans les deux dossiers pseudo-emblématiques de la majorité : le piétonnier et le stade et la majorité ne peut sur ce point que s’en prendre à ses propres erreurs. Si elle avait choisi la voie de la prudence et de la rigueur juridique, celle de la concertation et de l’écoute, elle aurait pu faire évoluer ses deux dossiers autrement. Par ailleurs, d’autres grands projets restent en rade.

En ce qui concerne le stade, le cdH a déjà dit à suffisance qu’il avait  toujours exigé qu’il ne coûte rien aux pouvoirs publics et aux citoyens alors que la majorité a préféré assumer un coût pharaonique de 120 millions sur 30 ans malgré ses promesses et ce, au détriment des habitants de la Ville sans compter les recettes que le droit réel concédé à Ghelamco aurait rapporté à la Ville si elle n’avait décidé étrangement de le céder gratuitement, sans compter non plus les coûts de consultance d’avocats et de l’investissement dans le parking C dont 5 millions sont déjà retenus dans le budget en discussion. Quant au timing, nous émettons nos plus grands doutes sur la capacité de terminer les investissements à temps sachant que les permis ne sont toujours pas accordés.

Quant au piétonnier, la majorité a enfin rectifié son projet et reciblé le périmètre, comme nous l’avions proposé et demandé, après un an de chaos, maladresses, communications contradictoires et illisibles, absence de concertation, refus obstiné du dialogue et abandon des commerçants à leur sort et un avis assassin du Conseil d’Etat parlant du « caractère fragile, mouvant et non étayé des décisions de la Ville», Ville qui en outre n’avait pas fait d’étude globale d’impact ni d’étude d’incidence. Dans ce dossier également, un important retard a été pris et les permis ne sont toujours pas accordés.

Le Projet Neo se fait également bien attendre et ne peut évoluer sans une adaptation du PRAS.

 Enfin, de nombreux dossiers en matière d’urbanisme sont largement en retard, démontrant l’immobilisme de l’Echevin et de la majorité. Il en va  par exemple du Sablon, de l’Ilot sacré, de la rue Neuve quand ils ne sont pas tout bonnement abandonnés comme la ferme « Den Bels ».

La gestion informatique de la Ville coûte de plus en plus cher et atteint 20 millions € en 2017 mais ne livre que peu de résultats en termes d’efficacité et de recours aux documents numériques. Cette absence d’efficacité s’ajoute aux dysfonctionnements de GIAL. Nous demandons une stratégie numérique claire dont l’exécution est évaluée constamment et une réponse concrète aux importants problèmes concrets que rencontre GIAL.

Last but not least, aucun investissement n’est prévu pour le sport pour tous tant toute l’attention de l’Echevin des Sports et les budgets sont accaparés par LE stade ! devenu le graal de la majorité. La troisième phase du petit chemin vert est reportée et nous avons une vague promesse d’une salle multisports de 3.000 places qui n’est pas intégrée dans le Projet Neo et dont nous n’avons aucune indication à ce stade. Nous ne voyons pas la manière de réaliser ce projet dans la législature mais de se limiter à une promesse électorale de plus.

Une constante de cette majorité est donc de promettre beaucoup mais de livrer peu.

 

  1. Pas d’investissements suffisants dans les aménagements des logements sociaux

 

Il est étonnant de constater que la provision des 15 millions € affectée aux logements sociaux n’a pas été utilisée alors que de nombreux investissements de sécurisation et amélioration sont indispensables et que la Région quant à elle, avec la Ministre Fremault, investit des moyens importants dans la rénovation lourde d’immeubles. 

 

  1. Hausse des frais de fonctionnement 

La hausse des frais de fonctionnement, bien que moindre que l’année dernière, ne démontre hélas aucune volonté  de prendre des mesures en vue de les maîtriser et de les réduire. Il serait indispensable, comme nous l’avons souvent demandé, que la Ville lance, après audit, un vaste plan d’optimalisation et de simplification des coûts de fonctionnement, de diminution des doubles emplois, de mutualisation des coûts, d’optimalisation dans le cadre des appels d’offre notamment issus de la centrale d’achats.

A notre  époque, la part des frais de fonctionnement s’élevait à 10,83% et s’élève maintenant à 13,65% soit plus de 20 millions € par an (2012 : 64 millions, 2017 : 85 millions).

 

  1. Contribution financière des habitants en augmentation 

Nous ne pouvons que regretter de constater que les recettes de prestations sont en augmentation de 1,7% démontrant une augmentation du coût pour les habitants de Bruxelles notamment en matière de services rendus à la population, sans compter les augmentations du coût des documents administratifs pour les habitants.

 

  1. Une absence complète de politique d’emploi nouvelle 

Nous ne parvenons pas à apercevoir les grands chantiers nouveaux et les impulsions données à la politique de l’emploi tant en matière de budget extraordinaire qu’en matière de budget ordinaire. Il s’agit d’une passivité condamnable en raison du contexte social de la Ville et des jeunes.

 

  1. Une politique foncière coûteuse du CPAS qu’il ne lui appartient pas de mener

On ne peut que constater une fois encore combien le CPAS joue au promoteur immobilier avec l’argent des contribuables et au mépris des besoins sociaux des habitants, rôle qu’il s’est  arrogé et qui ne lui appartient pas de jouer. Nous rappelons que nous voulons une gestion cohérente des biens immobiliers de la Ville et du CPAS dans un même outil géré de manière prudente et transparente. Par ailleurs, les investissements opérés sont de plus en plus coûteux et s’enlisent (exemples : bâtiment Pacheco et achat du château d’eau).

 

  1. La nouvelle mode de la « communalisation » de la politique culturelle

Nous avons suffisamment expliqué combien nous étions en désaccord avec la politique mégalomaniaque pseudo-culturelle de la Ville visant à jouer comme pouvoir public le rôle d’acteur artistique, ce qui ne relève pas de ses compétences. Autant une Ville se doit de soutenir la création et les évènements autant elle ne doit pas à elle seule jouer ce rôle de manière coûteuse au mépris de la liberté et du dynamisme du secteur. Nous voyons un montant de près de 1 million€ (800.000) pour aménager la Madeleine dont le succès reste à prouver vu le manque de succès actuel de la salle. Une fois encore, la Ville paie à la place du parc des expositions aux frais des contribuables.

 

10. Les plafonds des frais de Cabinet des Echevins et du Bourgmestre sont systématiquement dépassés

L’ensemble des plafonds pour les frais de représentation et de fonctionnement des Bourgmestre et Echevins ont été systématiquement dépassés, sauf en ce qui concerne Philippe Close et Marion Lemesre.  Par exemple, le plafond des 8.000 € pour le Bourgmestre a été dépassé avec un montant de 13.992 €.  Il en va de même pour les plafonds fixés à 3.795 € par les autres Echevins sauf Philippe Close et Marion Lemesre.  Nous aimerons en revenir à la rigueur des chiffres établis.