Notre devoir est d’accueillir les réfugiés politiques

La Mer… Nous avons été nombreux cet été à la regarder… la Mer, sereinement, à s’y baigner, joyeusement, la Mer…, la Mer Méditerranée, au nom qui fait rêver, qui renvoie à nos vacances, à l’insouciance. Cette même Mer qui, à quelques kilomètres seulement des crèmes solaires, incarnait pour d’autres le rêve d’une liberté légitime et d’une sécurité qui leur était refusée. Cette Mer qui, dans l’indifférence de l’été, signifiait et signifie pour des milliers d’entre eux la fin indigne et cruelle d’un chemin désespéré vers nous, vers un accueil, une nouvelle humanité, un bonheur, auxquels ils avaient droit.
 
Ils fuyaient. Ils fuient, avec leurs enfants l’enfer de la Syrie, de la Lybie, de l’Irak, de l’Erythrée, la tyrannie, l’horreur de l’Etat islamique, la peur d’une mort qui pourtant est celle qu’ils trouvent en grand nombre au moment même où ils la pensent enfin derrière eux. Une tragédie.
 
La Mer dont je vous parle est devenue celle de la honte, la honte de l’inhumanité. Et cette honte n’est pas neuve, elle précède largement le drame médiatisé d’un enfant, transformé en symbole. Et il ne fallait pas normalement devoir attendre le choc d’une photo révélant le drame immonde de la mort d’un jeune enfant pour s’en rendre compte. Avant la mort atroce du petit Aylan, des centaines d’enfants sont morts en mer sans que l’indignation ne prenne la même ampleur. J’espère que cet électrochoc puisse servir de détonateur même si idéalement les détonateurs existaient depuis un certain temps.
 
Alors, oui, nous avons un devoir, un seul, face à ces hommes, ces femmes et ces enfants que nous pourrions être, qui habitent aux bords des espaces dévastés souvent par notre impuissance ou nos erreurs d’intervention du passé, des espaces qui nous sont voisins.
 
Oui nous avons un seul devoir : ouvrir, aider, accueillir. Oui nous avons une seule mission : refuser de faire de l’Europe, berceau des Droits de l’homme, une forteresse froide qui oublie ses voisins, une forteresse qui oublie ses valeurs et s’enfermerait dans l’indécence de l’autoprotection.
 
L’Europe doit adapter sa politique d’accueil aux drames que vivent ces populations, elle doit renforcer ses missions d’aide dans la Méditerranée, lutter davantage contre les passeurs véreux, adopter un plan d’accueil ambitieux, exiger une répartition équitable entre tous les pays de l’Union européenne, dégager les moyens qu’elle n’avait pas hésité à accorder à l’époque aux banques au bord d’un naufrage, qui pourtant ne menaçaient pas les vies humaines.
 
Nous ne pouvons plus regarder sans révolte une Mer où l’espoir de milliers d’êtres humains se noie dans le silence. Comme humaniste, je ne pourrais défendre l’idée selon laquelle il serait légitime de sauvegarder un eldorado européen aux portes d’un des plus grands drames humanitaires. Il ne s’agit pas ici de migrants venus chercher avant tout un avenir économique, il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient l’horreur, la mort, les décapitations, les soumissions et l’obscurantisme. Cela demande de nous un changement de regards et de posture. Il y a plus de 70 ans, ces hommes et ces femmes auraient pu être nos grands-parents fuyant l’Europe du Nazisme. Qu’auraient-ils ressenti s’ils avaient été refoulés en masse aux frontières ?
 
La Belgique, quant à elle, doit prendre sa part de responsabilités de manière claire et cohérente, sans hésiter, oser mettre les moyens pour un accueil digne et la mise en œuvre de procédures sans délai et organiser une concertation interfédérale d’accueil des réfugiés, dans la complémentarité et le partenariat, en consultant et impliquant les entités fédérées et décentralisées qui ont toutes des compétences essentielles en services aux personnes pour réussir cette concertation. Il faut mettre enfin sur pied un comité interfédéral impliquant tous les acteurs et le Gouvernement fédéral doit ouvrir la négociation sans tarder avec les entités fédérées pour décider ensemble d’une politique commune, harmonisée et cohérente qui soit à la hauteur des exigences de l’humanisme que nous devons porter.
 
La Belgique doit ouvrir les places nécessaires et imposer une répartition équitable des charges entre toutes les communes.
 
La solidarité, le respect de l’autre, quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, quelles que soient sa religion et sa langue, le refus de l’égoïsme, du racisme, des extrémismes, des obscurantismes, des replis sur soi, ne seront jamais des options. Nous ne pouvons combattre le terrorisme et le radicalisme assassin d’un côté et négliger ses victimes de l’autre.
 
Nous avons un des plus beaux combats humanistes et politiques à relever dans les mois qui viennent. Soyons à la hauteur et ne le ratons pas.